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 Sindh

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Kaltra
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MessageSujet: Re: Sindh   21/12/2010, 10:21 pm

Le regard tourné vers le ciel, je me laissais bercer par le crépitement du bois, au proie des flammes. Par son odeur, cette odeur du feu de bois qui ne quitte les vêtements, de celui qui s'y abrite, que lavée par la graisse sanglante de l'ennemi.
Au milieu des ruines, autour d'un feu. Un moment de repos que vient troubler une autre odeur : celle, bien particulière, de la peur. Certaines personnes sont refuges à cette dernière.

Je ne connais pas Ara..kuju? Arajuku ? Personne n'a proposé à moi de venir ici. Juste un.. homme de bateau... Mais il ne m'a pas dit que des gens étaient ici. Je ne savais pas...
Tu lui as parlé de moi ? A.. Arajuku ? Tu... Connais moi ?


Toujours autant de tact, suppôt de Sérapis. Tu voulais l'accueillir, le rassurer. Voilà qu'il craint le mensonge, ou d'avoir été espionné, à raison.
Et comme si cela ne suffisait pas, tes suppositions sont fausses, encore.

Je regardais toujours le ciel. Je cherchais mes mots. Comme ce garçon. Ou en fait non. Lui cherchait à exprimer dans notre language ce qu'il pensait dans sa langue. Mais c'était là, et là seulement que résidait ses hésitations. Ses paroles n'étaient pas préméditées. Elles ne se voulaient aucun sous-entendu. Elles étaient simplement guidés par cette même peur, et par cette pensée, presque perdue à force de combats.

Je défis mon regard du ciel et le fixai dans les yeux de Sindh. Mon regard que les gens interprêtent : tantôt celui d'un "tueur", lorsque des soldats le croisent ; tantôt un regard "franc et doux", lorsque la silhouette d'une femme se reverbère sur les rideaux vermeils d'une chambre de Brevaros. Un regard que je suppose profond.

J'ai fait erreur. Ce que je t'ai dit à propos d'Arajuku n'a pas d'importance. Et je ne te connais pas. On ne peut prétendre connaître quelqu'un qu'après de longues heures de discussions avec cette personne. Tu ne penses pas ?

J'aurais pu attendre un "si". Je ne le fis pas. En fait, ma question n'attendait pas de réponse.
Je tournai à nouveau la tête vers le ciel noir et poussai un long soupir. Sans doute ce garçon s'imaginait-il que j'en connaissais beaucoup, peut-être trop, sur lui, et que je me refusais simplement à lui dire. Tandis que lui ne m'avait jamais vu.
Je n'avais aucune raison d'instaurer un tel rapport de force.

Ta curiosité t'as donc mené jusqu'ici. Dans ce cas, j'imagine que tu aimerais en savoir plus sur nous.
Que dirais-tu d'écouter notre histoire ?
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Sindh

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MessageSujet: Re: Sindh   23/12/2010, 3:46 pm

Je lui ai parlé de toi....
Te plais-tu à occire ?


Qui étaient ces hommes qui semblaient connaitre son passé ? Des devins ? Des chamans écoutant le récit murmuré des défunts ?
L'homme sans nom esquiva sa question d'un regard paisible. Le guerrier n'insista pas. Le destin est tissé de milliers de fils et il ne sert à rien de tenter de les démêler.

Il s'accroupit devant le feu, en gage de confiance, tendant ses mains crevassées à la rencontre des flammes.
Il eut une pensée fugitive pour le batelier. Celui-ci avait du probablement rentrer. Il ne s'en inquiéta pas.
Il avait beau être libre maintenant, il n'avait pas encore changé de mentalité et continuait de vivre dans l'éternel présent des esclaves, l'instantané de vie où le passé est aussitôt oublié et le futur inexistant.
Maintenant, seul comptait le feu, sa chaleur et sa lueur ainsi que les paroles de l'homme au capuchon.

Notre histoire...

Il leva les yeux, étonné vers le moine, puis vers les tentes. Son regard fauve s'accrocha aux armatures de noisetier des abris, aux tissus rapiécés, aux noeuds d'écorce, aux écuelles cabossées. Il dériva vers les ruines se découpant en ombres chinoises dans la nuit balbultiante, gardiennes obscures qui semblaient les épier.

Vous... C'est ici chez vous ?
Non, ce n'était pas ce qu'il voulait dire. Il recommença.
C'était ici chez vous ? Le château ? La Purgamen ?

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Kaltra
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MessageSujet: Re: Sindh   23/12/2010, 7:54 pm

Ainsi, Sindh avait déjà entendu parler de la Purgamen Cruori. A la relfexion, cela n'avait rien d'étonnant, puisqu'il était ici. Il avait déjà commencer à tracer notre histoire ; je n'avais plus qu'à continuer...
Je tournai à nouveau mon regard vers lui, et acquiesçai d'un signe de tête.


Oui. Ou plutôt, en partie. Nous ne sommes rien d'autre que les hériters de ces ruines...

Tu as sans doute entendu parlé des origines de la guerre d'Alidhan, de Manelvor, le conquérant, qui laissât à son fils, Mandural, un royaume un paix. Tu as sans doute entendu parler de la conspiration du roi actuel contre son frère ainé, et de la scission de Zelandra. Tu sais sans doute que cette guerre a amené des combattants de toute sorte venant d'outre-terre. Ces combattants, prêts à servir leurs conviction pour l'argent, la gloire, les femmes, le pouvoir, mais tout de même désireux de garder leur liberté s'organisèrent en guildes, de mercenaires, pour la plupart.
Dans les guildes royalistes, deux sortirent du lot lorsqu'elles fusionnèrent : la Légion Noire, et les Inquisitors.
...


Je reculai ma tête, cachant mon visage sous mon capuchon. Puis je remuais vaguement un morceau de bois qui dépassait du feu et qui, à mon goût, n'avait pas assez pris.
Il commençait à faire chaud, au coin du feu...
Je retirai mon capuchon et abandonnai ma bûche pour me tourner à nouveau vers Sindh.


Je me dois de faire une halte, pour que tu comprennes bien d'où je te parle : je n'ai pas connu cette époque. Et aucun de mes frères ici présents de l'ont connu. Nous n'étions alors pas arrivés sur les terres d'Alidhan.
Je ne te parle donc de cette ère que de façon succinte et à travers les témoignages que j'ai pu lire et entendre.


Je replongeai mon regard dans la braise, tentant d'y trouver, sans doute, la manière de raconter à autrui ce que je penais à me raconter à moi-même.

Autant que je sache, les Inquisitors et la Légion Noire n'avaient pas ce profil de mercenaires. Ces deux guildes rassemblaient des guerriers qui avaient de réelles convictions : l'une pour des raisons religieuses, l'autre pour le sang, ces guildes servaient le roi avec une ferveur dépassant tout entendement. C'est sans doute ce qui les rapprocha.
Ensemble, elles fondèrent la Purgamen Cruori, qui grava son nom dans l'histoire des royalistes, et construisirent un château. Château dont les ruines nous entourent.
La Purgamen Cruori ne pris guère longtemps avant de se faire remarquer par sa bravoure, de ses amis, mais aussi des ses ennemis. Du cartel de Brumebois vint la Solmocratie, secte étrange. De parmis les exilés d'Alidhan vint le Cercle des Ascètes, combattants preux dirigés par la vertu et l'abstinence. Ces deux guildes rejoignirent les armées royalistes et fondirent une alliance avec la Purgamen Cruori.
Une nuit, l'alliance frappa, et la quasi-totalité du territoire d'Alidhan se retrouva sous le joug des royalistes. Ce fut l'apogée. Après non loin de neuf années de guerre, tous crurent que le conflit verrait sa fin arriver.
Et les chevaliers des plus grandes guildes royalistes défilèrent dans les rues de Nedmor, du haut de leurs palefrois, pour venir rendre hommage au grand Roy Galoregor et lui conter leurs exploits. Parmis eux se découpaient les silhouettes des respectables barons de l'alliance : Kalio, Erenan et Melgath. Le célébrations de la victoire furent grandes. Trop grandes.


Je m'arrêtai à nouveau, pour me tourner vers Sindh. J'esquissai un sourire.

C'est là que je suis arrivé. C'est là que mon histoire en ces terres prend racine. Je me suis engagé dans l'armée du roi, car, jeune mage arrogant, j'étais persuadé qu'un pouvoir fort est nécessaire pour aboutir à la richesse d'un pays. Et je suis arrivé parmi eux dans cette periode de fête. J'ai commencé à découvrir ces terres, l'organisation des guildes. Et je n'avais encore rien vu quand la riposte arriva...

Mon sourire disparut.

Quelques rebels étaient encore vivants, cachés dans leurs repères : Fuisserage et Cyrosh. Les exilés firent appel aux dieux pour lutter contre les armées du Roy felon. Et, les dieux leur répondirent. Ils leur ouvrirent les passages oubliés des catacombes de Nedmor, ceux du temps de Manelvor. Les serviteurs du prince Kaldrass n'eurent qu'à creuser pour déblayer le passage et poindre dans la capitale.
Les royalistes, dont les prêtres avaient entendu l'écho des prières exilées, avaient repris les armes et étaient prêts à faire face. Mais ils ignoraient que le cartel de Brumebois avait décidé de profiter de l'aubaine pour participer à la destruction des royalistes. Tout s'était fait dans l'ombre...

J'étais jeune et impuissant. J'assistai à la bataille qui se déroulait sous mes yeux sans pouvoir y prendre part.
Les lames sifflèrent dans la poisse, tandis que les guêtres s'empêtraient de la boue dûe à la terre retournée. Les boules de feu fusèrent et les flèches clouèrent les ennemis au sol. Les portes de Nedmor furent enfoncées. Les plus grand chevaliers royalistes se regroupant derrière.
La bataille vit son coeur exploser. Les têtes volèrent dans le brouillard teinté de rouge, au pied des remparts. Le sang giclait continuellement, tant les à-coups étaient multipliés. Les armées déployées furent telles que jamais la mort, sur le royaume d'Alidhan, se gava d'un tel festin depuis.
Les royalistes repoussèrent l'ennemi, qui fuit à un doigt de la victoire. La guerre des trous venait de prendre fin.

Dans les jours qui suivirent, Erenan, Melgath et tant d'autres périrent de leurs blessures en maudissant les dieux.
Et la fête ne repris pas. Elle ne repris jamais. Remplacée par un deuil dont le royaume ne vint jamais à bout, mais qu'aucun royaliste ne continue de porter.
L'apogée royaliste était terminée. L'alliance des trois guildes ne continua d'exister que vainement. La Purgamen Cruori tint sa place tant bien que mal, mais sa disparition était annoncée.

Au fil des ans, la plus grande guilde royaliste s'effaça lentement dans l'ombre pour y disparaître, et finir par se disloquer. Astoryas rejoignit la Purgamen Cruori en ce temps là.

Une nuit, après une défaite, dûe au manque de courage des royalistes, les chevaliers de la Purgamen Cruori rompirent tous liens avec les serviteurs affichés de l'alignement pour continuer de le servir dans l'ombre. Ils brûlèrent alors leur château. Prêtant, dans ses ruines, un serment.

De mon côté, j'avais vu la disparition d'une guilde que j'admirais. Et celle que j'avais fondée ne tarda pas à suivre un chemin similaire, si ce n'est que son nom est aujourd'hui oublié de tous. Je décidai alors de partir en ermitage. Abandonnant là définitivement ma petite guilde, ainsi que Stélias, qui m'avait alors toujours suivi. Nous fîmes chacun notre chemin. Je devins moine, prenant le nom de Kaltra. Stélias, quant à lui, abandonna son scpetre pour apprendre le maniement de l'épée.

Les quelques assermentés restants avaient décidés de quitter les royalistes. Ils furent libres en tant que brigands du royaume, puis prirent chacun des voies différentes. Quelques uns sont aujourd'hui parmis les cartellois, d'autres chez les brigands, et les derniers au fond d'un caveau. Un seul est resté dans le Serment des Ruines.
De retour sur les terres d'Alidhan, Stélias et moi avons érré un bon moment, chacun de notre côté, pour finalement nous retrouver auprès de notre vieil ami Astoryas, aux origines, dans le lieu que nous avions toujours aspiré à imiter : ici.


J'avais beaucoup parlé. J'en avais la langue râpeuse.

Mais aujourd'hui, il n'y a plus rien de la Purgamen Cruori d'antan, et plus aucun de nous n'a encore de réelle volonté de servir un roi qui s'est montré aussi incapable que les autres dirigeants.

Mon regard revint sur les flammes, et un sourire se dessina à nouveau sur mes lèvres.

Sans doute te demandes-tu ce que nous faisons ici. Nous avons été longtemps à attendre quelque chose, un signe peut-être... sans doute en vain.

Et pourtant... Et pourtant ce signe nous l'avons eu.

Kalio et Arajuku on repris contact avec nous. Il s'agit de deux anciens chevaliers de la Purgamen Cruori. Ils ont été rejoints par un ancien cartellois du nom d'Azgaaroth. Ils sont restés brigands.


La lune était haute et le ciel avait permis aux étoiles de le rejoindre dans sa peinture nocturne. La nuit était déjà bien avancée à présent.

Je pense que notre histoire se termine là. Pour le moment.

Je me levai et étirai mes membres, endoloris d'être resté trop longtemps en tailleur, par terre. Les flammes se tarissaient. Signe que le temps du repos arrivait. Les braises resteraient fugitivement allumées, comme chaque nuit. Puis demain, peu après le zénith, la couleur des braises commencerait à se vivifier de nouveau, puis le feu reprendrait lentement vie pour arriver à son apogée au moment du crépuscule... Comme chaque jour.
Tandis que je faisais craquer ma nuque, je repris parole.


Nous avons encore beaucoup à nous dire, je crois... Mais il est déjà fort tard et il fait meilleur de discuter au frais, dans la rosée du matin, qu'au beau milieu de la nuit.
Reprendre la route cette nuit pour Nedmor serait dangereux. La végétation amicale le jour prend aisément des retords traîtres sous la protection de l'obscurité, pour qui n'a pas l'habitude des lieux.

A présent que tu nous connais au moins aussi bien que nous te connaissons, Sindh, je te propose de passer la nuit parmis nous. C'est un peu sparciate, mais tu n'es pas vraiment un délicat n'est-ce pas ? Et l'autre possibilité qui s'offre à toi n'est guère plus attrayante.


Je saisis mon menton d'une main avant d'ajouter :

Enfin, je ne veux pas te forcer à rester. Si tu désire rentrer dès maintenant, je t'accompagnerai pour te montrer le chemin.
A toi de décider...?


Je haussais un sourcil afin d'accentuer ma demande.

Les crépitements du feu s'étaient fait tellement discrets qu'on peinait à les entendre. Et quant aux deux autres assermentés de l'endroit, ils dormaient déjà à point fermé.


Dernière édition par Kaltra le 29/12/2010, 4:55 pm, édité 1 fois
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Sindh

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MessageSujet: Re: Sindh   24/12/2010, 3:12 pm

Voilà, ayé, j'ai fini le BG de Sindh !
Gloria ! Halleluja ! Hosanna !

Le passé rattrape le présent. Me reste juste à raconter l'arrivée à Nedmor et connecter le rp ci dessus et la rencontre à l'auberge des Terra Incognita.
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arajuku
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MessageSujet: Re: Sindh   24/12/2010, 3:51 pm

Et le départ... *siffle*

J'vais y jeter un œil, de suite !

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Dans l'oubli.

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Kaltra
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MessageSujet: Re: Sindh   24/12/2010, 7:55 pm

drunken
Ha y est. J'ai eu ma dose de Fata Morgana...
Mais,c omme tu dis, il y a encore l'arrivée à Nedmor, le passage dans la forêt, toussa toussa... ç'pas fini hein...?
Parce que si tut 'arrêtes, j'vais m'retrouver en manque... Et alors, je mord...
drunken
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MessageSujet: Re: Sindh   28/12/2010, 6:40 pm

Depuis son arrivée dans le Royaume, peu lui avaient parlé.
Vraiment parlé.

Autre chose que "combien de potions ?" ou "ça fera 50 pièces la nuit" ou encore "hé, le nouveau, on recrute !"
En fait, ils avaient été deux.

Une géomancienne aux yeux clairs, un soir, dans une auberge perdue aux fonds des bois.
Et lui, ce moine au regard pensif, perdu dans ses souvenirs.

Et chacun d'eux, chacun à sa manière, lui avait fait un don.
De la femme, il avait reçu l'accueil, la sollicitude et la chaleur humaine. Elle lui avait montré qu'il pouvait, ici, être accepté parmi les hommes, lui l'ancien esclave au passé volé. Il avait acquis sa liberté par hasard et par les armes mais il n'avait su qu'en faire. La magicienne à la chevelure brune lui avait offert, par son sourire et ses mots, la compagnie des autres.

Le moine, près du feu, au milieu des ruines, venait de lui offrir une histoire, un passé.
Un contexte.
Sindh avait écouté le récit, devinant ce qu'il ne comprenait pas. Mais ce récit de batailles, de conquêtes, de trahisons et de défaites, il le comprenait, son âme de combattant l'entendait, le vivait.
Jusqu'à présent, être royaliste ne signifiait, pour lui, que porter un morceau de tissu rouge accroché à sa tunique.Là encore, ce n'était pas un choix, mais le hasard d'un accostage. Mais, en cette nuit fraiche d'hiver, il venait de recevoir en don la possibilité de choisir, de comprendre ce que cette couleur écarlate signifiait.

Le moine et la géomancienne lui avait offert la possibilité de choisir, choisir de vivre parmi les hommes, choisir d'être réellement royaliste. Et avec le choix, ils lui avaient offert la liberté bien mieux que n'avait pu le faire le capitaine de la garde, le soir où il avait été affranchi.

A cause de ce don, à cause de ce passé, à cause de cette histoire qui l'interpellait, il décida, au milieu de ces murs détruits, dans l'enceinte d'un chateau aujourd'hui disparu, d'être un royaliste.
Comme la défunte Purgamen Cruori.
Comme la géomancienne.
Comme le moine.

Je vais rester...
Ici, cette nuit.
Ici, dans ce Royaume.
Merci... pour l'histoire... et l'accueil.

Il étendit sa mante rapiécée, s'allongea et, les mains sous la nuque, contempla le ballet immobile des astres en rêvant à des chevaliers vêtus d'écarlate.
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Kaltra
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MessageSujet: Re: Sindh   4/1/2011, 7:44 pm


...
Le bruit du vent qui siffle sur la toile de la tente ? De cette tente, légèrement en contrebas par rapport aux autres, calée sous un léger surplomb de ruines, vestige d'une tour de jadis, et couvée par un lit de rosiers sauvages dépourvus de fleurs et armés d'épines ?
...
Non. Ce bruit était plus lointain, et plus fort. Le rugissement d'un quelconque fauve qui se serait égaré dans le coin ?
...
Le glissement de pierres des ruines sur le point de s'effondrer ?
...
Je suis juste en dessous. Si c'est ça : je suis un homme mort. Ou peut-être est-il simplement tant de me lever et de sortir de cette tente où mes esprits s'égarent.
...
Je me frotte les yeux. Mes idées s'éclaircissent. Ce n'est aucun de ces dits bruits. C'est autre chose, quelque chose de plus familier. Quelque chose de doux, de reposant, de berçant... et d'éxitant aussi.
C'est le raclement, le grincement long et grave d'une lame le long de la pierre à aiguiser.
...


Tandis que je soulevais le pan de toile qui me sert de porte, des rais de lumière vinrent m'éblouir. Je ne remercierai jamais assez ce qui me reveilla et m'offrit le plaisir de savourer l'odeur de la rosée matinale sur l'herbe des ruines.
Encore aveugle, avancer mes pieds dans l'herbe humide tout en les frottants pour mieux apprécier l'instant...

De façon passagère, l'ombre revint. Le soleil s'était à l'instant caché derrière un ammoncellement de pierres noires. Et là, quelques pas plus haut, assis sur une légère butte illuminée par une lumière franche, la source du bruit.
Je le vis regarder attentivement la fine bordure de sa lame tandis que cette dernière longeait la pierre, poussant au passage milliers de minsucules grains de poussière de pierre dans l'herbe.
Je m'arrêtais pour le regarder à l'oeuvre.
Quelques mouvements, quelques raclements encore, puis il leva son arme juste devant son visage pour s'assurer de la perfection de la courbe avant de poser le doigt le long de cette dernière pour tâter de son efficacité. Enfin, juste derrière sa lame, il m'aperçut.

Je le saluai d'un geste amical de la main. Puis d'un regard insistant et d'un signe de tête tordu, je l'invitais à me rejoindre là où j'allais.

Quand tu auras terminé ton office.

Je me retournais pour emprunter le petit sentier, là, entre les hautes herbes, qui mène tout droit à la butte surplombant la capitale d'Alidhan. Je laissais ma main vagabonder dans l'herbe humide tandis que je gravissais la pente.

Arrivé en haut, je m'assis, adossé aux branches solides de la cabane en forme de cône, et j'admirais le spectacle.
Le soleil se reflètant sur les toits de la ville, l'illiminant de moult feux dorés, faisant de Nedmor un joyau resplandissant était l'une des plus belles vues qui me fut jamais donné de voir. A l'exception, bien sûr, des mers de nuages que l'on peut observer depuis les hauts sommets d'Astaegan, et aux milieu desquelles percent ces dents de granit que sont les monts environnants.

Sindh avait sans doute fini d'entretenir sa lame et ne tarderait pas à arriver ici.

Cette vue... Il saura l'admirer avec autant de plaisir que moi, c'est certain.
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MessageSujet: Re: Sindh   23/1/2011, 6:13 pm

Le froid l'avait réveillé.
Silencieusement, il s'était levé, avait fait quelques pas pour se réchauffer.
Puis il avait attendu l'aube en contemplant les ruines couleur d'obscurité qui se découpaient en théâtre d'ombres dans le ciel palissant.
Lorsque la lumière avait été suffisante, il s'était légèrement éloigné des tentes pour ne pas gêner ses hôtes et avait accompli ce que tout soldat accomplit lorsqu'il a du temps libre : prendre soin de ses armes.
Il avait ramassé une pierre à affuter qui reposait sur une pierre plate près du foyer, avait déboucher un fiole d'huile pour la graisser puis avait commencé à affuter sa lame, repérant chaque brèche, chaque craquelure dans le métal terne.

Il avait entendu le rabat d'une tente claquer dans l'air frais du matin et apperçu le moine qui sortait de son abri de fortune.
Lorsqu'il lui fit signe de le suivre, il termina son travail, quelques aller retours chuintant sur la lame avant d'aller reposer le matériel qu'il avait emprunté.

Après avoir rengainé sa lame dans son fourreau, il chercha des yeux celui qui l'avait invité. Il finit par le trouver, assis sur un promontoire. Rapidement, il le rejoignit en longues foulées souples, sentant sur ses jambes la caresse des herbes humides de rosée.
Arrivé au sommet, il se tint debout près de l'homme assis, regardant la ville en contrebas.

Nedmor.
Sa ville.
Il la voyait différemment, désormais.

Il s'imagina les anciens combats dans ses ruelles, le fracas des armes sur le parvis de la forteresse, les cris de rage et de douleur.
L'ancien Purgamen lui avait offert une histoire. Il se demanda brièvement combien d'habitants connaissaient ce passé glorieux.

Au delà des toits de tuiles orangées, la mer miroitait. Il eut l'impression de sentir le gout de sel apporté par le vent océanique. Illusion probablement.

C'est sans doute ici, debout avec la ville en contrebas, avec la mer comme calice, qu'il prit la décision de s'engager aux côtés du Roy.
Et c'est en songeant à son avenir, à ses projets - mot nouveau, idée étrange - qu'il s'intéressa à ceux de son compagnon.

Le signe... Tu vas quitter ce Royaume ?

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Kaltra
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MessageSujet: Re: Sindh   24/1/2011, 8:08 pm

Adossé aux branches de bois sec et encore aveugle du scintillement de la ville en contrebas, je sentis sa présence à mes cotés. Peu après, j'entendis sa voix.

Le signe... Tu vas quitter ce Royaume ?

Quitter le royaume ? Disons que ce n'est pas dans mes projets immédiats.

Je levais ma tete et la tournais à gauche, une main au-dessus des yeux, pour tenter d'apercevoir mon interlocuteur. Il était là, debout, regardant la ville.
Je me retournais vers la ville avant de poursuivre.

Au fait, je ne t'ai toujours pas expliqué pourquoi je connaissais ton visage...
Tu as mené des combats en arène jadis. J'ai assisté à l'un d'entre eux.


C'était dit. Sec. Neutre. sans émotion.

Et ta manière de combattre... Respire à plein poumons celle d'un grand guerrier.

À ce moment, je pus percevoir, comme au toucher, la force de son ame de combattant. Il connaissait notre histoire. Il savait que quand tout vous abandonne, la seule chose sur laquelle le guerrier peut encore compter est son épée. Et il savait donc que pour nous, chevaliers déchus, rien n'avait plus d'importance que ce don, que cette volonté de tuer, plus puissante que tout. Pas parce qu'elle avait une quelconque valeur, mais parce que c'était, depuis bien longtemps, devenu la seule raison de vivre du serment des ruines. Spoliatis arma supersunt...

Sindh... Aimerais-tu porter la tenue des assermentés royalistes...?
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MessageSujet: Re: Sindh   30/1/2011, 5:13 pm

Il hocha la tête à la réponse du moine, les yeux toujours posés sur la ville qui s'éveillait.

Il devinait son activité, les pêcheurs revenant au port, leurs filets bombés et frétillants laissant des trainées humides sur le pont, les marchands sortant leur étal et disposant leurs marchandises, les gardes de nuit enfin relevés parcourant d'un pas las les rues en direction de la caserne, les mendiants portant la dernière touche à leurs fausses mutilations, les catins allant à la fontaine ôter leur maquillage criard avant d'aller acheter du lait pour leurs enfants, les matrones au fichu empesés se dandinant vers le marché, croisant sur leur chemin des ivrognes hébétés réveillés par les rayons du soleil levant.
C'était l'heure où se croisait deux monde, celui de la nuit, cruel et celui, naïf et apeuré, des petites gens.

Par pudeur, il ne posa pas de question supplémentaire. Chacun était maître de ses projets et de ses secrets. Lui même était plutôt avare de renseignements.

Lorsque son compagnon aborda le sujet de l'arène, ses épaules se crispèrent.
C'était donc là...
Il soupira avant de se retourner et de s'assoir près du moine combattant.

L'arène...

Il était né pour devenir un guerrier. L'élite de sa tribu qui combattait pour l'honneur. Le combat comme art de vivre, comme finalité. Sa peau avait marquée dans ce but. Sa rencontre avec des professionnels du massacre avait anéanti cette vie là.

Il était ensuite devenu phénomène de foire, acteur d'une attraction assassine. Le combat avait été dévoyé, sali, transformé pour satisfaire les appétits pervers d'une foule. Plus d'honneur, juste le spectacle et le sang.

Et maintenant ?

Il sentit le poids de son épée dans son dos, sentit l'odeur du métal sur ses paumes.
Maintenant, pour quoi combattait-il ? Qu'est-ce qui l'empêchait de devenir pêcheur ou artisan ?
Jusqu'à présent, il avait combattu, sporadiquement, aux côtés des gardes royalistes, pour rembourser une dette secrète et non dite, pour rembourser sa liberté.

Mais le moine avait raison au moins sur un point. Il était un guerrier.
Sa vie était dans le combat, dans la peur et l'excitation, dans le fracas des armes et le choc du métal sur des chairs meurtries.

Mais il ne combattrait plus pour l'honneur. Cette vie là était finie.
Mais il ne combattrait plus pour le spectacle. Cette vie là était finie.

Il se rappela les chevaliers royalistes, leurs armures polies, leurs armes ornées de joyaux, le sourire que les femmes leur adressaient.
Il se rappela le récit de la nuit dernière, la guerre du Royaume, la guerre du pouvoir.
Oui, il combattrait pour le pouvoir.
Celui de Galoregor, celui de Nedmor.
Et le tien... Ne te mens pas... Et le tien...

Ce fut donc avec un sourire rêveur qu'il répondit à la dernière question de l'ancien chevalier.
Oui... J'aimerais...
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Kaltra
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MessageSujet: Re: Sindh   5/2/2011, 8:20 pm

Ce matin était beau.
Et le beau ne se construit qu'en détruisant ce qui l'était avant. C'était ainsi que j'avais voulu devenir jadis. C'est ainsi que veulent devenir tous les guerriers aspirants à la gloire. Et c'est ainsi que voudront devenir tous ceux qui deviendront partisans de la guerre. Je me nourris de l'autre et deviens plus fort. Tout se transforme, tout s'échange.
Si la paix est un combat, la gloire est-elle un combat moins louable ?

Sindh... Aimerais-tu porter la tenue des assermentés royalistes...?
Oui... J'aimerais...
Alors je t'y aiderais.


Je ne regardais plus vers l'ouest et la cité. Désormais, je regardais vers le Nord. Je regardais vers ce qui devrait etre détruit pour justifer la beauté de ce matin.
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Sindh
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