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 Délicate fleur Blanche

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Blanche Halmak
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MessageSujet: Délicate fleur Blanche   16/6/2016, 12:02 pm

Je n'aurais jamais du l'écouter. Je ne devrais jamais l'écouter. C'est toujours comme ça, depuis le début. J'ai la nette impression de m'être fait avoir. "Ce n'est pas loin, tu verras" m'a-t-il dit ! Pas loin ! C'est aussi loin que possible. S'il faisait beau, au moins ! Mais non, il ne peut pas faire beau, ça ne collerait pas avec le décor. Imaginez un peu cet endroit lugubre plongé dans un soleil éclatant... Ridicule. Il ne peut faire que gris ici. Et froid. Pourquoi est-ce qu'il fait toujours si froid ? J'aurais du prendre un châle en plus. Quelle idée de partir juste en tunique. Mais en même temps, il m'avait dit que ce n'était pas loin, je pensais arriver pour le déjeuner et rentrer pour le goûter... C'est de sa faute, encore et toujours ! S'il croit que je vais revenir le voir après ça, il se fourre le doigt dans l'oeil, jusqu'au coude même !
Je sors de ma poche le petit plan qu'il m'a fait. D'ailleurs, en passant, il n'est pas du tout à l'échelle. Et le fait que je me sois trompée de route est inenvisageable. Je ne me trompe jamais. Si mes calculs sont justes, je devrais arriver bientôt, enfin ! J'espère au moins que je serai bien reçue. Je ne les connais même pas. Ou je les ai oublié, je ne me souviens pas. Eux en tout cas, ne me connaissent pas. Quelle folle idée d'aller les voir ! Je ne sais même pas à quoi ils ressemblent ni comment ils pourront bien pouvoir réagir.
Ah, bon, je dois arriver là, j'aperçois plus ou moins ce qu'il m'a décrit. C'est plus grand que ce que je pensais, et plus sale aussi. Bon, ça ne risque pas d'être une partie de plaisir. Je peux toujours rêver pour avoir du thé, ils ne doivent même pas savoir ce que c'est... Enfin bon, je ne vais pas commencer maintenant à râler.
Il y a une sorte de porte, avant de la pousser, je me rends un peu plus présentable. Je lisse ma tunique qui n'est plus aussi blanche que ce matin, ramène mes tresses sur mes épaules, me pince les joues dans une veine tentative pour me donner du courage et inspire un grand coup :


Bonjour, est-ce qu'il y a quelqu'un ?

Mince, ma voix ne sort pas comme je l'aurais voulu. On dirait une fillette de douze ans, tu parles d'une entrée fracassante, je m'étais habituée à mieux.

______
[HRP] Je n'ai pas pu m'enregistrer sous mon vrai pseudo qui est juste "Blanche"
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Mio
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MessageSujet: Re: Délicate fleur Blanche   16/6/2016, 9:12 pm

Les battements d'ailes affolés du corbeau giflaient les feuilles, qui s'agitant, donnaient à la cime des arbres un aspect de gypaète barbu en plein ébat amoureux. L'oiseau élancé piaillait de crainte perçant la rumeur des grenouilles croassantes.
Puis peu à peu, à bout de souffle, il se calma. Sa tête pivota de tous côtés. Il n'y avait plus d'autre bruit que l'ambiance habituelle de la sombre forêt. Mais le corbeau était encore sur ses gardes.
Il y eu un nouveau bruit. Sous lui. L'oiseau scruta les branchages. Et il la vit. C'était une bête bien trop grosse pour être perchée aussi haut et près de lui. L'espace d'un court instant, il fut paralysé de stupeur. Puis il se jeta dans les airs, piaillant à nouveau. Juste à temps, car la créature, découverte, avait bondi sur lui et l'oiseau venait d'échapper de justesse à ses crocs. Le gros félin se crispa, s'apprêtant à se propulser à nouveau depuis les derniers branchages. L'ultime saut de la chasse, celui où s’exalte toute la satisfaction de la traque...
Puis il y eu un mouvement sur le lac. L'attention du félin fut retenue. L'oiseau partit.

Un ecclésiastique s'était engagé sur la chaloupe menant au tonneau. Je jetais un dernier regard frustré en direction du corbeau qui m'échappait, disparaissant au milieu de la brume des marais. Il y avait plus urgent.
Depuis le retour du cardinal au tonneau, j'avais repris les armes, me faisant inévitablement des ennemis. Par ailleurs, l'homme de foi avait, à n'en pas douter, des adversaires sans doute dotés des meilleures raisons du monde pour vouloir sa peau. Et une personne venant délibérément dans un lieu aussi reclus ne pouvait avoir de bonnes intentions ; il n'y avait que la mort à trouver ici.
Je sautai d'arbre en arbre afin de me rapprocher. La silhouette atteignit le tonneau et disparut à l'intérieur. Mes yeux félins eurent tout juste le temps d'apercevoir un blason rouge. J'avais eu vent de mésactions de Cesare et Blasphème à Nedmor qui avaient du leur apporter le courroux des troupes du Roy. Cette trop frêle silhouette n'était pas un moine soldat. Je m'étais peut-être trompé sur son état de croyant. Il devait s'agir d'une sorcière chargée d'éliminer le cardinal.

J'atterris sur le toit du tonneau avec toute la discrétion dont peut faire usage le gros chat dont j'avais la forme. Avant que je me métamorphose, mes oreilles affûtées entendirent une parole qui insinua le doute en moi. Ce devait être une ruse. Ma gueule s'affaissa et mes poils rentrèrent, m'arrachant la peau du visage, ainsi que quelques larmes.
Devenu homme, j'atterris accroupi sur le seuil du tonneau. Juste derrière ma proie, qui se retourna de surprise tandis que la pointe de ma pioche vint saisir sa gorge, l'obligeant à reculer et lever la tête. Elle était à ma merci et le moindre mouvement lui serait fatal.

Le doute revint. C'était une moniale, plutôt frêle. Et elle n'avait pas dégainé d'arme. Même un combattant expérimenté n'aurait sans doute pas eu le temps d'en faire usage, mais rester bras ballant était pour le moins surprenant, pour quelqu'un qui s'attaquait aux héritiers de la Purgamen Cruori.
Il était improbable qu'elle n'eusse point de grands talents de guerrière. Et la prudence m'aurait ordonné de la trancher sans plus attendre. Mais il y avait toujours ce doute...

Qui êtes-vous ? Et qu'êtes vous venue faire ici ?

C'était impensable et pourtant je me pris à imaginer qu'elle ne savait pas où elle mettait les pieds. Sa situation ne serait alors guère cocasse : Un grand échalas sec comme une branche de chêne, à peine vêtu d'habits chamaniques, le visage voilé par un masque et couvert d'une capuche en peau de dragon, exigeait d'elle qu'elle décline son identité. Une pointe acérée, collée sous sa gorge.
Je n'aurais guère aimé me trouver dans sa situation.
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Blanche Halmak
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MessageSujet: Re: Délicate fleur Blanche   16/6/2016, 10:09 pm

Et voilà, c’est fait. Il a réussi à me faire tuer. Lui et ses idées ridicules. Pourquoi donc a-t-il encore fallu que je l’écoute ? J’aurais mieux fait de rester chez moi. Ça m’aurait permis de vivre un peu plus longtemps. Et de pouvoir manger les quelques fraises que j’avais repérées, au pied du muret devant l’auberge. Elles avaient l’air si bonnes, ces fraises.
Une lame affutée sous la gorge, entaillant déjà ma chair, laissant perler une minuscule goutte de sang, je pense à des fraises.  Moi qui ai toujours cru qu’on voyait défiler notre vie, la vérité est bien moins admirable.
Je me cramponne au petit plan qu’il m’a rapidement griffonné avant que je parte. Je m’y accroche de toutes mes forces. Et je me rends compte du ridicule de ma situation : seule au milieu d’une forêt lugubre, une lame aiguisée sous la gorge, un morceau de papier à la main comme seule arme.
A travers les larmes qui brouillent ma vue, je regarde mon agresseur au visage caché. Je vois ses lèvres bouger mais je suis comme sous l’eau, je n’entends pas, ne comprends pas, ne veux pas comprendre. Pourquoi est-ce qu’il me fait ça ? Je n’ai pourtant rien d’une menace.
Il a un regard insistant. Il a dû me poser une question. Bon, aller, tout n’est pas perdu. Peut-être qu’il va changer d’avis, même si ça semble vraiment bien mal parti. Je déglutis difficilement, et j’ai l’impression que la lame m’entaille un peu plus le cou. J’espère au moins qu’elle est propre, je ne voudrais pas mourir d’une infection.


Blanche.

Paradoxalement, ma voix semble un peu plus sûre que tout à l’heure, alors que je n’étais même pas encore menacée par un parfait inconnu, sans aucune raison. Je crois que mon nom, ça ne suffit pas. Je crois qu’il attend autre chose. Bon, aller, la première chose qui me vient à l’esprit. Au point où on en est, de toute façon !

Je voulais juste un thé...

Ah voilà, si ce n’était pas encore fait, je viens de me faire tuer. Ridicule, comme réponse. Je l’entends m’applaudir de là où il est. Je l’imagine très bien me dire « Honnêtement, Blanche, tu penses que je t’ai envoyé ici pour un thé ? » avec un air désapprobateur.
Je baisse les yeux autant que je peux pour essayer de repousser la lame qui me bloque avec ma seule volonté, vu que c’est tout ce qu’il me reste.
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Mio
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MessageSujet: Re: Délicate fleur Blanche   16/6/2016, 11:09 pm

Un thé...?

Je n'ai jamais entendu excuse plus ridicule. Si l'apparente faiblesse de cette religieuse m'avait mis le doute, voilà qu'il est ôté.
Cependant... Cependant, un autre doute vient m'assaillir. Reste-t-il des feuilles de thé quelque part dans ce tonneau ?
Je devrais peut-être la tuer avant, puis vérifier ensuite.

Une goutte vient de tomber sur le plancher du tonneau. Elle a glissé le long de ma pioche, lentement, avant de s'éclater par terre. Je ne saurais dire si c'était du sang de cette jolie gorge déjà légèrement entaillée, ou s'il s'agit des nombreuses larmes qui coulent sur le visage cette petite, devant moi.
Et pendant que je me fascine pour une gouttelette, la jeune femme n'a toujours pas eu le moindre geste de défense. C'en est troublant. Des soubresauts de son coeur haletant se transmettent jusque dans le manche de ma pioche et j'ai soudain le sentiment d'être un monstre tenant la vie d'une gamine innocente au bout d'une arme aiguisée.
Diantre ! Pour un brigand sans foi ni loi, que mon sens de la guerre est émoussé !
Assez. J'abaisse ma pioche. Si cette fille est si bonne comédienne, elle aura bien mérité de lancer un sort fatal dans mon dos. Après tout, depuis le temps que je ne suis qu'une bête des forêts, ce ne sera pas une grande perte. J'aurais sans doute préféré mourir au combat, mais à la réflexion, quitter ce monde de la main d'un joli minois n'est probablement pas pire. Et puis, j'ai pu observer que le tonneau était vide : elle ne causera de tort à personne d'autre qu'un vieux chat.

L'entrée du tonneau est étroite, je suis obligé de me coller à elle pour pouvoir y entrer. J'ai du mal à détacher mon regard du sien pour aller fouiller les étagères à la recherche de feuilles de thé.
Sans autre forme de procès je lui indique du doigt l'âtre, au fond du tonneau, à ma gauche, entouré d'un vieux tapis miteux et de quelques paillasses. Âtre dans lequel il reste quelques cendres incandescentes.

Rallume donc le feu. On se croirait à Asteagan.

Tant que j'y suis, je cherche également quelques tissus pour essuyer ses larmes, et les quelques gouttes de sang qui coulent sur son cou.
Mon instinct de chasseur me fait tout de même tendre l'oreille et épier les reflets dans les bouteilles d'eau-de-vie qui traînent devant moi, afin de vérifier qu'elle ne prépare pas un sale coup. Si je suis incapable d'être aimable, me demander de faire confiance serait encore plus naïf.
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Blanche Halmak
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MessageSujet: Re: Délicate fleur Blanche   17/6/2016, 8:21 am

Après m'avoir menacée d'une arme, voilà qu'il se frotte à moi pour entrer. Quelles manières ! Et cette façon de me regarder, vraiment, je n'ai jamais vu ça. C'est absolument indécent. Et en plus, il me demande de rallumer le feu. Il se prend pour qui ? De toute façon, je ne sais même pas faire. Il vaut mieux que je ne bouge pas, au moins, je peux le regarder et voir venir la prochaine attaque. Parce que c'est ça, n'est-ce pas ? Il doit juste avoir l'intention de me tuer un peu plus lentement que prévu.
J'ai mal commencé à mourir, alors autant faire ça bien, maintenant. Après l'avoir regardé les bras ballants pendant une éternité, je décide de me reprendre. Je renifle le plus discrètement possible, défroisse ma tunique et m'essuie les joues du dos de la main. Je palpe légèrement mon cou. Ça n'a pas l'air très grave. Je crois qu'on m'a dit que ça saignait toujours beaucoup pour rien. De toute façon, au point où j'en suis.
Je le vois m'épier dans le reflet des bouteilles. Qu'est-ce qu'il peut bien chercher là-bas ? Un lent poison ? Une arme plus sophistiquée ? Je me déplace légèrement, histoire de mettre le plus de distance possible entre nous. Mes chances de m'en sortir ne sont pas bien grandes. A la course, ce n'est pas la peine d'y penser, maladroite comme je suis, je risque de tomber et de m'offrir à lui sur un plateau. Le combat, c'est encore moins la peine d'y penser, je commence à peine à ne plus ressentir de brûlures dans les mains lorsque j'attaque un escargot, alors un homme... Il faudrait que quelqu'un vienne. Il n'oserait certainement pas s'en prendre à moi sous les yeux de quelqu'un d'autre.
Rassérénée par cette possibilité, je relève fièrement la tête.


Il n'y a personne d'autre ici ?

L'autre me jette un regard et recommence à fouiller dans son barda. C'est vraiment mal rangé. S'il y a quelqu'un d'autre ici, il ne doit pas être très ordonné. Et c'est sans compter l'odeur. Il faudrait vraiment penser à aérer. Il fait froid aussi, je comprends pourquoi il m'a demandé de rallumer le feu. Mais pas question que je lui tourne le dos pour le faire. S'il veut un feu, il n'a qu'à le faire lui même.
Il tarde à répondre. Peut-être qu'il attend autre chose. C'est vrai que ce que je lui ai dit, ce n'était pas très clair. Je ne vois absolument pas pourquoi je serai venue jusqu'ici pour un thé. Je regarde ses yeux qui se reflètent dans le verre des bouteilles. Ils ont quelque chose d'inhumain mais me semble légèrement familiers. Vraiment curieux. Je fronce les sourcils, comme je fais toujours quand j'ai un doute.
Je jette un coup d'oeil par la porte. Personne n'arrive. Ma dernière chance est en train de s'envoler. Il faut que je gagne du temps.


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Mio
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MessageSujet: Re: Délicate fleur Blanche   17/6/2016, 12:01 pm

Contrairement à mes attentes, la moniale resta sur place, et préféra m'interroger plutôt que d'obéir. J'étais pourtant à peu près certain qu'elle grelottait plus que moi.

La recherche n'était pas simple. Je passais le plus clair de mon temps à m'entraîner dans la montagne depuis quelques jours. J'étais ici aujourd'hui pour accueillir Cesare qui devrait rentrer d'une bataille vers Brosems. Aucune idée d'où pouvait bien se trouver quelque chose d'aussi futile que du thé ! Je venais pourtant de mettre la main sur une boite qui appartenait à Stélias. J'avais des chances. Je n'avais aucune garantie qu'il s'agissait bien de thé, tant le guerrier passait son temps à ingurgiter des extraits étranges des plantes inconnues, mais si ce n'en était point, ça ferait illusion.
Les pansements étaient plus évidents à trouver. J'en faisais usage assez régulièrement lorsque je passais au tonneau.

Je me retournai vers la moniale. Le trait de caractère dont elle faisait preuve montrait définitivement qu'elle n'était pas un danger.

J'ôtais ma capuche et soulevais mon masque pour découvrir un visage long et osseux, mal rasé, au menton trop pointu pour une mâchoire trop large, aux pommettes saillantes et aux yeux creusés. Mes longs cheveux bruns et bouclés cascadant sur mes épaules, sous ma tunique, devaient achever de me donner un air animal.
Garder mon masque aurait peut-être été moins effrayant.

Je m'appelle Mio.

Il n'y avait pas grand chose d'autre à dire sur mon passé d'orphelin, puis de guerrier. Et encore moins à propos de la folie qui m'avait mené un jour au départ du chemin des tombes.

Puisque la jeune femme préférait mourir de froid, j'entrepris d'apporter une marmite d'eau devant l'âtre et soufflai sur les braises pour les rallumer.

Et, vous n'avez pas trouvé meilleure auberge qu'ici, pour un thé ?

Je me rendais compte que mon usage de la parole était maladroit. Je n'avais jamais été fort sociable, mais les années d'isolement avaient effacé à peu près tout ce qu'il restait de mon éducation.

Le feu reprit. Je plaçais la marmite dessus et y jetais les feuilles de thé. Naturellement, j'avais oublié de prendre des tasses.
Je m'installais sur une des paillasses, autour du feu et indiquais à la jeune femme les étagères, face à elle.

Trouvez-y donc deux tasses propres.

Tout ceci ne me disais toujours pas comment elle avait trouvé cet endroit, et ce qu'elle était venue faire ici.
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Blanche Halmak
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MessageSujet: Re: Délicate fleur Blanche   17/6/2016, 12:51 pm

Pour me donner une contenance, je jette un œil à l’étagère qu’il m’indique. Bon, ça ne coûte rien de lui donner ses tasses. Je marche en crabe pour pouvoir continuer à l’observer du coin de l’œil. Je prends mon temps, quelqu’un va bien finir par venir. D’un autre côté, il n’a pas répondu à ma question alors je ne sais pas trop…

L’étagère est haute, je suis sure qu’il l’a fait exprès. Je suis obligée de me hisser sur la pointe des pieds pour l’atteindre. Evidemment, je n’ai jamais eu beaucoup d’équilibre. Je vacille un peu et me retourne vivement vers lui, les deux tasses dans les mains. J’ai vraiment l’air bête. Je lui lance un regard noir et j’en profite pour l’observer un peu plus. Il n’est absolument pas séduisant. On dirait plutôt un sauvage. Je soupire en me disant que je suis vraiment venue pour rien.

Je m’approche en restant sur mes gardes. J’ai vraiment l’impression d’être un lapin observé par un loup. Je pose les tasses devant lui, ni trop près, ni trop loin. Ce serait vraiment impoli de continuer à l’épier debout, même si les bonnes manières ne sont pas bien présentes depuis mon arrivée.

Je m’assois le plus loin possible de lui, les fesses posées sur les talons, les mains de chaque côté, prête à me relever au moindre signe d’attaque. Je m’intéresse un peu plus à ce qu’il fait. Il fait bouillir de l’eau pour le thé (je ne suis pas vraiment sûre que ce soit du thé, mais passons). Le feu me monte aux joues. C’était vraiment la réponse la plus ridicule à donner.


Mais non, je ne suis pas venue pour le thé !

Mon ton est sec, presque insolent. Je fronce les sourcils. C’est un peu maigre comme explication. Mince, il faut que je donne la vraie. Il va me prendre pour une folle. Peut-être que je le suis. Oui, je le suis sûrement. Qui d’autre qu’une folle pour venir jusqu’ici pour cette raison ? Je préfère éluder.

On m’a dit que je rencontrerai des gens intéressants… Mais on a du se tromper.

Voilà, là, c’est bien. Ça va le mettre en colère, mais bien fait pour lui. Il n’avait qu’à pas me faire peur. Je le regarde droit dans les yeux avec un air provocateur.

En plus, ce n’est même pas du thé.
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Mio
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MessageSujet: Re: Délicate fleur Blanche   17/6/2016, 3:58 pm

Mes yeux firent un aller-retour sur la marmite avant de venir se fixer sur son regard. Comment pouvait-elle savoir que ce n'était pas la boisson qu'elle m'avait demandé ? Il en existait mille variétés et leur odeur est tellement délicate que même un félin peine à les dissocier.
Cette "Blanche" serait-elle aussi...? Non. Non, non, non. Ce n'était que de la provocation.
Finalement, son caractère commençait à me plaire.

On a effectivement du se tromper.

Je lui tendis les pansements que j'avais récupéré. J'aurais plus risqué d'écorcher sa peau délicate avec mes doigts rugueux en les plaçant moi-même. Par ailleurs, elle s'était assise trop loin pour que mes mains puissent l'atteindre sans que je me lève, et un tel geste la mettrait sans doute dans la plus grande panique, tant elle semblait s'attendre à ce que je l'agresse à nouveau.
Peut-être verrais-je ainsi quelques compétences de guérisseuse. Elle devait bien savoir faire quelque chose de ses mains.

Plus je le regardais, moins je comprenais.
Il n'y avait décidément aucune explication envisageable. Une femme si peu aguerrie venant ici pour "rencontrer des gens". Ça n'avait aucun sens. Assurément, elle était folle. Et pourtant, vu la difficulté du chemin jusqu'au tonneau, c'était une sorte de folie que je n'avais jamais eu le privilège de croiser.

Après tout, je devais toujours attendre que Cesare rentre de sa conquête et une jeune démente pour me distraire tuerait aussi bien le temps qu'une partie de chasse au corbeau.
Je remplis les deux tasses et reposais l'une des deux à la place où je l'avais trouvé avant de porter la deuxième à mes lèvres.
Impossible de savoir d'où il provenait, mais n'en déplaise au caractère piquant de mon hôte, c'était bien du thé.

Tuons le temps donc. Je n'avais qu'à faire semblant de m'intéresser à cette curiosité qui se trouvait face à moi.
Mon visage se fendit d'un sourire qui devait sans doute être plus effrayant que rassurant.

Et qui est ce "on" ?
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Blanche Halmak
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MessageSujet: Re: Délicate fleur Blanche   17/6/2016, 6:17 pm

Des pansements. Il me donne des pansements. Pourquoi est-ce qu'il me donne des pansements alors qu'il veut me tuer ? J'avoue que là, c'est de l'inédit. Mes yeux passent d'eux à lui. Je suis totalement perdue. Encore plus perdue que lorsque je marchais dans la forêt. Il a peut-être changé d'avis. Ou alors, il est sacrément tordu. Il doit être un peu fou, lui aussi. Ça ne peut être que ça.

Je me détends un peu. S'il veut me tuer, au moins, ce sera pour plus tard alors autant en profiter jusque là. Je le regarde un peu plus attentivement. Effectivement, il n'est pas le moins du monde séduisant. On aurait plutôt envie de partir en courant.


On, c'est...

Je cherche mes mots. Comment expliquer qui il est alors que je n'en suis même pas sûre moi même ? C'est très impoli, d'ailleurs, de poser des questions à ses invités. Si on peut supposer que je suis son invitée. Mais à partir du moment où on offre du thé à quelqu'un (ou ce qui ressemble à du thé) c'est bien qu'on le considère comme son invité, non ? C'est ce qu'on m'a appris, en tout cas. Quand j'étais encore là-bas et qu'il n'était pas là. Mais si j'y réfléchis bien, il ne me l'a pas offert, ce thé.

Tendue, je jette un œil par la porte restée ouverte. Il n'y a toujours personne qui arrive. D'ailleurs, l'autre aussi semble attendre quelque chose. Peut-être que c'est la réponse à sa question. A part ça, il a l'air plutôt à l'aise. Aussi perplexe que moi devant les pansements mais il a l'air moins en colère que tout à l'heure. Mais ça reste difficile à savoir, avec ses yeux étranges. Je n'en avais jamais vu des comme ça. Enfin peut-être que si.
Lui a du les voir.

On c'est lui. Le spectre.

Je hausse un sourcil. Je le mets au défit de m'en demander plus. De toute façon, je ne peux pas en dire plus. Je ne veux pas. Je ne sais pas. Il continue à me regarder. Je n'arrive pas à savoir ce qu'il pense. Il sourit comme s'il se forçait. Il a un sourire de prédateur qui me dit qu'il va me tuer. Mais quand même, il y a les pansements...

Il n'est pas important de toute façon. Enfin si, il l'est mais c'est quand même moi qui suis là. Et moi, j'ai froid, je suis fatiguée, j'ai peur et je suis assise par terre dans un tonneau, à parler à un fou furieux qui essaie de me tuer sans raison et qui ne veut même pas m'offrir du thé !

Je m'apprête à me lever, bien décidée à repartir. Je suis venue pour rien. Il m'a fait venir pour rien. J'ai juste envie de rentrer chez moi pour aller dormir.
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Mio
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MessageSujet: Re: Délicate fleur Blanche   18/6/2016, 12:24 am

Ses propos avaient décidément de moins en moins de sens. Je buvais ces exquises paroles sans y comprendre mot. Quitte à perdre la raison, elle avait choisi le bon endroit ! Toutefois, son ton accusateur montrait qu'elle était bien moins terrifiée qu'auparavant. Je ne savais si je devais m'en réjouir et m'en offusquer.

Je lui indiquais du doigt la tasse posée entre nous deux, tout en me brûlant le gosier avec le contenu encore bien trop chaud de la mienne.

Votre thé se trouve devant vous.

Le feu qui crépitait dans mon dos, associé à ma boisson fumante, me faisaient suffoquer. D'un geste, je dégrafai ma chemise et la jetai sur ma gauche. Le courant d'air entre la porte du tonneau et l'âtre de la cheminée la fit atterrir directement sur ses épaules. La silhouette de Blanche s'affaissa légèrement sous le poids du vêtement. Peut-être aurais-je le plaisir de l'entendre encore se plaindre de mes manières ? Peut-être pas : il faut dire que la peau de dragon est agréable à porter et isole totalement du froid.
Mais si elle ne trouvait pas là un sujet de plainte, elle le trouverait bien devant l'impudeur dont je faisais preuve en dévoilant ainsi, et sous ses chastes yeux de religieuse, un torse peint d'infâmes cicatrices et bien trop sec pour être attirant.

Je dus préparer mes mots un moment, bien que la faculté de parler commençait à me revenir.

J'attends un frère d'arme. Peut-être est-ce lui que ce "spectre" voulait vous faire rencontrer ?
Je ne pus m'empêcher de sourire tant ces paroles étaient ridicules.

Il ne devrait plus tarder. S'il n'arrive pas bientôt, c'est probablement qu'il est mort, ou qu'il a pris seul une place forte, ce qui serait étonnant.
Buvons ce thé. S'il n'est pas rentré d'ici là, je devrais me rendre à Brosems pour le mettre en terre. Ce sera alors pour vous l'occasion de trouver refuge dans un lieu plus accueillant. Et vous aurez l'immense honneur de profiter d'un fou furieux comme escorte.
Soyez-en ravie. Habituellement, ce genre de protection se paie à prix d'or.


Ces quelques mots m'avaient harassé. Cela devait faire plusieurs années que je n'avais tant parlé.
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Cesare
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MessageSujet: Re: Délicate fleur Blanche   18/6/2016, 10:49 am

Je rentrais de Brosems avec l'impression d'avoir enfin été révélé à ma propre destinée. La ville était à nous. Je m'en étais emparé.
Fier, le dos bien droit, un air hautain, j'avais retrouvé avec plaisir les délices de la vie de château. Nourri d'excellents mets - le poisson étant la spécialité de la région - j'avais rapidement repris des couleurs laissant derrière moi le teint morose et sans éclat que mon visage avait adopté depuis plusieurs mois.

Mais désormais, il était temps. Temps de rentrer au Tonneau, temps d'annoncer à Mio que l'heure du retour de la Purgamen Cruori était arrivée. Oui, nous ne serions plus les fantômes, que dis-je ? les spectres d'un temps révolu et oublié. Notre grand oeuvre allait pouvoir se réaliser, et ce, sur l'ensemble du Royaume.

Habité par mes pensées et par une certaine excitation, je ne tardais pas à rejoindre le lac où j'apercevais de la fumée sortant par grandes bouffées de la cheminée de notre bon vieux tonneau. Une barque, LA barque, y était attelée. Mio aurait-il oublié de la renvoyer vers la berge comme il avait l'habitude de le faire ? Souhaitait-il rester seul ? Ou la cheminée fumante indiquait-elle qu'il recevait de la visite ? Peu m'importait finalement, il fallait que je le vois, que je lui annonce la nouvelle, de vive voix.
J'avais connaissance de l'existence d'une vieille barque, un peu plus loin sur les bordures vaseuses du point d'eau, l'utiliser serait risqué mais il me resterait toujours la possibilité de terminer ma "navigation" à la nage. J'ôtais mon armure et je prenais soin de la dissimuler sous un tas de branchages que j'avais toujours connu à cet emplacement : il serait plus prudent de voyager léger. Simplement vêtu de ma désormais célèbre tunique rouge cardinal parée de liserés d'or, je portais mon poids sur mon pied droit que je posais doucement sur le fond humide de la barque qui ne tardait pas à s'enfoncer jusqu'à la hauteur de mon mollet. "C'est pas gagné" lâchais-je avec un souffle de lassitude.  Il faudrait faire avec, mieux valait être à demi-mouillé que totalement, puis, il y avait du feu au tonneau, il serait toujours temps de m'y sécher en arrivant.

[...]

Trempé, oui c'était le mot, j'étais trempé jusqu'aux os. La barque avait cédé à moins d'un mètre du ponton d'amarrage m'obligeant à finir la traversée à la nage dans une eau littéralement glacée. Un brin exaspéré, je tentais de garder un peu de dignité, me redressant et m'entraînant rapidement à reprendre une démarche assurée avant de pousser brusquement la porte qui commençait à se refermer devant moi comme pour traduire mon agacement. Je n'eu pas le temps de m'exprimer tant ma voix était coupée par le spectacle qui me faisait face : Mio à demi-nu se tenait à proximité d'une jeune femme portant une espèce de serviette sale que je devinais avoir été de matière précieuse par quelques éclats brillants. Les deux me regardaient, bouches bées tels des enfants venant d'être attrapés en train de transgresser un interdit. Je comprenais tout de suite, l'homme-félin avait ramené une fille de joie, ici, dans notre lieu de vie. J'essayais d'éviter de manifester le dégoût que m'inspirait cette scène. Sortir quelque chose... Je m'emparais d'un geste de la serviette que j'utilisais pour sécher mes cheveux.

"Grand Dieu, il était grand temps d'engager une domestique, ça commençait à sentir le fauve ici !"

Sentir le fauve. Je me rendais compte de l'idiotie de ma remarque après l'avoir prononcée. Puis ce langage, qu'est-ce qu'il m'avait pris ? J'aurais juste pu refermer la porte pour attendre qu'ils règlent leur affaire. Mais non, il fallait que je la ramène, c'était plus fort que moi. Pour l'air classe, c'était loupé.


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Mio
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MessageSujet: Re: Délicate fleur Blanche   18/6/2016, 12:05 pm

Un ecclésiastique dégoulinant de l'eau marécageuse du lac fit son entrée. J'étais tellement obnubilé par les propos décousus de Blanche que je ne l'avais même pas entendu arriver. Jamais je ne l'admettrais mais j'étais rassuré de le voir de retour. Je n'avais aucune envie d'enterrer un frère d'arme aujourd'hui. Il y avait bien assez de tombes sur le chemin menant au tonneau.

Puis il se mit à parler.

Outre son aspect ridicule, ses propos seraient sans nul doute perçus comme une terrible insulte de la part de notre petite hôte au caractère bien trempé. Et ce ton si désinvolte ! Sentir le fauve...!

Je pouffai deux ou trois fois, puis je ne pus me retenir et partis dans un rire tonitruant. Je ne sais combien de temps dura le fou rire, mais il arriva bien à m'arracher quelques larmes.
Je fus plié en quatre, certes, mais lorsque ma tête se releva, ce fut avec le plus grand sérieux, et en fixant sur Cesare un regard glacial. Je n'avais aucune intention de montrer mon plaisir de le revoir en vie car il était temps de rappeler à ce jeune impétueux qui était le maître à bord.

J'espère que tu as de bonnes nouvelles à annoncer pour oser me parler sur ce ton.

Bien sûr que non, il n'en avait pas. Prendre une forteresse seul était de l'ordre de l'impossible, même pour un rémanent.
Au plus il m'annoncerait qu'il s'était fait payer quelques piécettes pour assister les troupes de cette vieille mégère de Zélandra dans leur quête au pouvoir. Et il serait fier de lui.
Je savourai l'instant précédent la réjouissance de lui rabattre une seconde fois son caquet.
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Blanche Halmak
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MessageSujet: Re: Délicate fleur Blanche   18/6/2016, 4:27 pm

Ecrasée par le lourd vêtement à l’odeur et à la propreté pour le moins douteuses, je me ratatine un peu plus sur moi. L’autre homme, en un peu moins piteux état que mon hôte, est entré si soudainement que mon cœur peine à s’en remettre. Mais qu’est-ce que c’est que cette maison de fous ? Le voilà me prenant pour la nouvelle domestique. C’est vrai que ce ne serait pas du luxe, mais enfin. Je n’ai pas du tout l’air d’une servante. Encore une fois, le feu me monte aux joues et je me recroqueville sous la veste.

Toujours plus repliée sur moi, je jette un coup d’œil discret dans sa direction. Il fond littéralement et une grande flaque d’eau se forme déjà sous ses pieds. L’eau a une couleur marron, tirant légèrement sur le vert. Et l’odeur… Comment peut-on sentir aussi mauvais ? Je suffoque presque. Aussi discrètement que je peux, je me décale le plus loin possible de lui. Si c’est là le sauveur que j’attendais, je ne suis pas gâtée. Adieu les rêves de beaux chevaliers et les contes de fées. Bonjour les cauchemars.

Dans ma pauvre tentative de me soustraire à son regard, voilà que je me rapproche du premier fou (comment a-t-il dit qu’il s’appelait déjà ?). Un son venu du fond de l’enfer me fait bondir sur place. Affolée, je tourne la tête dans tous les sens pour déterminer son origine. L’homme (ou la créature ?) qui m’a assommée avec sa veste est maintenant replié sur lui-même et produit une sorte de longue plainte déchirante. Est-ce qu’il souffre ? Mais de quoi ? Je n’ai pourtant pas vu l’autre l’attaquer.

Alors que j’hésite encore à lui venir en aide, il relève la tête brusquement. Une nouvelle fois, je sursaute et me rends compte que je me suis levée. Le ton qu’il prend pour parler à l’autre me rappelle qu’il a effectivement essayé de me tuer. Même s’il m’a fait une sorte de thé, il doit quand même être dangereux.

Doucement, comme pour ne pas effrayer un animal sauvage, je retire la veste dont l’odeur commence à m’étouffer, la laisse glisser par terre et recule vers la porte, en gardant les deux hommes dans mon champ de vision. Je respire par petites bouffées pour éviter d’être asphyxiée par l’odeur ambiante qui semble de pire en pire.


Bon et bien, je pense que je vais y aller… Merci pour le thé. Et pour les pansements.

Alors que je parviens jusqu’à la porte, je me rends compte que je ne me souviens même plus par où je suis venue. Quelle misère. Je ne me sortirai jamais de cette histoire. L’autre aurait mieux fait de me tuer tout de suite.
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MessageSujet: Re: Délicate fleur Blanche   18/6/2016, 5:13 pm

Il rigole. Bien sûr qu'il rigole, la situation est embarrassante à souhait. Je suis couvert de vase, lui à demi-nu, le tout avec une petite jeune femme entre nous. Vous me direz qu'elle a déjà dû en voir d'autres, la coureuse de remparts. Moi, je ne rigole pas, je chauffe, je boue intérieurement. Je ne supporte pas que l'on puisse se moquer de moi, cela m'est impensable.

"J'espère que tu as de bonnes nouvelles à m'annoncer pour oser me parler sur ce ton."

Et voilà qu'il me prend de haut, jouant au chef qui n'en est pas un. Vexé, je ne réponds pas. Toute l'envie et l'excitation de l'annonce de la prise de Brosems sont passés, il attendra que je daigne le lui annoncer et de toute manière le registre du château est resté dans ma besace, au bord du lac. Je me prends à observer la jeune fille, elle est charmante, il n'y a rien à dire, il sait les choisir le Mio. Allez savoir ce qu'il lui a fait avec ses fichues transformations. Je l'imagine la renifler de partout laissant voler ses poils de chat un peu partout sur le plancher... quelle horreur. Elle prend l'initiative de la parole :

"Bon et bien, je pense que je vais y aller… Merci pour le thé. Et pour les pansements."

Le thé et les pansements ? Mon oeil oui ! Un sourire satisfait se dessine sur mes lèvres tandis qu'une idée me vient à l'esprit. Il veut jouer au patron ? Alors jouons.

"Vous ne croyez tout de même pas que nous allons vous payez si vous partez si tôt ?" J'enlève mes vêtements en en faisant une boulette que je lance dans sa direction sans même l'avertir. "Allez me nettoyer ça, et préparez moi un bain chaud aussi, le chemin a été long."

Jouons peu, jouons bien. Prendre la fille de joie du chef pour une domestique, qu'espérer faire de plus humiliant ?
Nu comme un vers, faisant face à cette dernière, j'attends sa réaction.
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Blanche Halmak
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MessageSujet: Re: Délicate fleur Blanche   18/6/2016, 5:50 pm

Mon premier réflexe est d’attraper ce qu’il me lance. Je ne comprends plus rien. Pourquoi est-ce qu’il se déshabille ? Est-ce que c’est une coutume, par ici ? Et surtout, pourquoi me lance-t-il ses vêtements ? Qu’est-ce qu’il veut que je fasse avec ça ? Je n’en veux pas ! Et voilà qu’il se met à me parler de paiement ? On ne paie pas les gens quand ils viennent chez nous. Et on ne leur demande pas de faire couler un bain.

L’eau vaseuse imprègne rapidement ma tunique. Je lâche le tas dégoulinant par terre et relève la tête vers lui. Et la rebaisse aussitôt. Il est complètement nu. En contemplant mes pieds avec application, le visage cramoisi je cherche quoi dire. Je ne connais aucune formule de politesse pour prendre congés de deux hommes, dont l’un est totalement nu. Je doute qu’il en existe une, de toute façon. Il faut quand même que je dise quelque chose. N’importe quoi. Tout de suite.


Excusez-moi, monsieur, mais je ne comprends pas bien ce que vous attendez de moi.

Totalement désespérée, je cherche du réconfort du côté du deuxième homme, toujours assis et silencieux. Quelle idée. Il a voulu me tuer, ce n’est pas lui qui m’aidera. La mort dans l’âme, je me retourne vers le nouvel arrivé.

Peut-être que vous vous trompez de personne ? Je suis Blanche, juste Blanche.

Je sais qu’il faudrait que je fasse une révérence mais j’ai peur de perdre l’équilibre. Le sang semble avoir abandonné mes jambes pour remonter jusqu’à mon visage. Elles sont tellement molles que je ne sais même pas comment je tiens encore debout. J’essaie de me concentrer sur son visage, et uniquement sur son visage. J’ai connu des exercices plus faciles. Evidemment, je ne me suis jamais retrouvée en face d’un homme nu. Mais il y a une première à tout…

Au bout d’une minute ou deux, je me rends compte de l’improbabilité de la situation. Je suis sûre que dans toute l’histoire de l’humanité, jamais personne ne s’est retrouvé dans de pareilles circonstances. Je n’ai d’ailleurs jamais rencontré personne capable d’une telle grossièreté.

Maintenant, si vous voulez bien vous rhabillez, ce serait très aimable.

Je me penche sur le tas dégoutant qui continue de s’égoutter par terre, le ramasse et le rejette vers son propriétaire. Pleine d’un nouveau regain d’énergie, j’effectue la plus élégante révérence que je n’ai jamais faite. Je me félicite intérieurement. Bravo Blanche, belle répartie !
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MessageSujet: Re: Délicate fleur Blanche   20/6/2016, 9:18 pm

Lorsque la petite fit mine de partir, et que Cesare insista sur son rôle de domestique, je crus qu'il s'agissait d'un jeu entre eux deux. Ils auraient pu se connaître. Après tout, je ne savais pas grand chose des antécédents du cardinal. Et puis qui aurait indiqué le chemin à Blanche sinon lui ?
Mais la réaction de la moniale réfutait cette hypothèse.

Donc elle ne connaissait pas l'homme, et pourtant, aussi sale soit sa robe, sitôt qu'elle avait ôté ma chemise, Cesare n'avait pas pu passer à côté du fait qu'elle était religieuse.
Je ne parvenais pas à comprendre à quel jeu il jouait. Ni pourquoi la fille était encore plantée là, à jouer à la balle avec ses vêtements. Ce devait être important pour qu'il fasse passer cet étrange rituel avant la réponse à ma question. Il n'y avait qu'une explication possible.

Cesare ! S'agit-il d'un rite initiatique pour les religieuses ? Je comprends que tu aies eu des déboires avec l'Église de Cyrosh et que tu demandes à tes novices de finaliser leur formation ici, mais tout de même, tu aurais pu en informer le clan...!

Il m'apparût soudainement que j'avais peut-être fait échouer le rite en question. Mon ignorance cléricale était si grande... Mais dans ce cas, c'était une bonne vengeance car j'étais désespéré, en constatant le contenu de la formation des jeunes religieuses, de ne pas être entré dans les Ordres dans mon jeune temps. C'était manifeste, j'étais passé à côté de ce que la vie avait à m'offrir de meilleur.
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MessageSujet: Re: Délicate fleur Blanche   21/6/2016, 6:53 pm

Un rite initiatique ! Et puis quoi encore ! On ne m’en a dit que des mauvaises choses, jamais je ne m’abaisserais à pareilles pratiques. Après la servante, voilà qu’on me prend pour une jeune fille aux mœurs légères. Je pointe un doigt accusateur sur la poitrine de l’homme assis par terre, qui nous regarde sans avoir l’air de comprendre ce qu’il se passe. D’ailleurs, moi non plus je ne comprends pas.

Je n’ai certainement pas fait tout ce chemin pour un quelconque rite initiatique avec un homme que je ne connais même pas !

Epuisée, je me rassois par terre. Dans un soupir, je me lance.

Je ne souhaite pas servir le Roy. Je ne souhaite pas non plus servir une autre personne. Sans rentrer dans les détails, j’ai entendu parler de vous. Alors me voilà.

Je ne suis pas sûre qu’ils comprennent. Ils vont croire que j’ai moi aussi envie de menacer des gens avec une pioche, et de me déshabiller devant eux. Je les regarde tour à tour, attendant une réaction de leur part. Ils me regardent avec des grands yeux de poissons morts. Ils n’ont pas l’air très vif. Ils doivent être un peu rouillés.

L’incrédulité de la situation me fait sourire. Tiens, ça fait longtemps que je n’avais pas souri. Au moins depuis que je suis partie de chez moi. J’ai l’impression que ça fait une éternité. Je jette un coup d’œil dehors, le soleil se couche. Vu le temps que j’ai mis à arriver, je ne serai jamais rentrée avant la nuit. J’ai le choix entre dormir au milieu d’une forêt lugubre ou rester ici, avec deux hommes inconnus et complètement fous. La mort dans l’âme, je choisis mon destin.

Je peux rester ici cette nuit ? Je repars demain. Je n’aime pas la forêt la nuit.
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MessageSujet: Re: Délicate fleur Blanche   21/6/2016, 7:15 pm

Je n'avais toujours pas saisi comment ni pourquoi, mais je me retrouvais devant ce qui semblait être une demande d'embauche. Au moins, là, je m'y retrouvais.

Il fallait donc que j'analyse plus précisément la petite. Je mis mes mains derrière ma tête façon coussin et m'appuyai contre un mur imaginaire, avant de me brûler le dos contre la marmite d'eau bouillante.
Et c'était douloureux.
Bon. Raté pour l'impression d'entretien sérieux. Cette gamine était à sa place dans cette maison de fous et je n'avais guère besoin d'en savoir plus. Après tout, si elle voulait devenir une gueuse telle que nous autres, c'était son problème.
Difficile à croire tout de même qu'elle préférât dormir ici plutôt que de se laisser dévorer par les bêtes des bois... Mais enfin, qu'à cela ne tienne.

Vous pouvez rester ici cette nuit, et vous devriez boire votre thé avant qu'il ne soit froid.

Je me tournai vers le cardinal, dont les poils se hérissaient à force d'avoir la peau exposée au courant d'air.

Il serait grand temps de te couvrir l'ami. Il y a une dame ici. Et elle est désormais notre invitée.
Et tant que tu y es, ferme donc la porte et viens nous conter quelle nouvelle défaite tu as ajouté à notre collection ce soir.


J'hésitai entre me lever pour récupérer ma chemise, ou la laisser traîner par terre. Voilà de quelle flegme on s'arme à force de passer trop de temps sous forme de chat...
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MessageSujet: Re: Délicate fleur Blanche   21/6/2016, 8:25 pm

J'étais comme dans un état second. Je ne comprenais rien, strictement rien. La forteresse, mon retour en hâte au tonneau, la conquête du chef, la femme de ménage, le rite religieux : aucune trace d'un semblant de sens à donner à tout cet enchaînement. La petite femme qui, maintenant je m'en rendais compte, semblait porter l'habit ecclésiastique venait de demander de rester avec nous. J'avais encore du mal à saisir s'il s'agissait d'une demande d'adhésion à notre groupe, une fugue ou bien la demande d'un toit pour la nuit. Mais n'était-elle pas déjà là avant que j'arrive ? Pourquoi diable redemanderait-elle note hospitalité ?

Mio vint m'extirper de mes pensées avant que je ne tranche sur des réponses vraisemblables à cette foule d'interrogations.

"Il serait grand temps de te couvrir l'ami. Il y a une dame ici. Et elle est désormais notre invitée.
Et tant que tu y es, ferme donc la porte et viens nous conter quelle nouvelle défaite tu as ajouté à notre collection ce soir."


Me rhabiller. Oui bien sûr. Je me dirigeais vers le coffre contenant le peu d'affaires qu'il me restait de ma vie cyroshienne et que j'avais entreposé contre un des murs. J'y saisissais rapidement un ensemble de vêtements secs et propre avant de les enfiler. Une nouvelle défaite que j'aurais ajouté à notre collection ? Il était vache. Avant mon arrivée en ces lieux je n'avais que peu, voire pas du tout, guerroyé préférant largement garder le nez plongé dans les mémoires poussiéreuses des illustres personnages qui avaient foulés le royaume avant moi. J'avais pourtant rapidement rattrapé mon retard et était devenu autant, ne serait-ce plus, efficace que lui-même.
Reprenant peu à peu mes esprits, je notais néanmoins qu'il s'agissait de la seconde fois qu'il me demandait des "nouvelles à lui annoncer". A quoi donc était due cette insistance ? Serait-il déjà au courant ? S'agirait-il d'un énième stratagème pour me rabaisser et me montrer qu'il était le maître des lieux ? La jeune fille serait-elle une messagère ou une informatrice à son service ?
Blanche, oui elle avait dit se nommer Blanche. Jamais entendu parler, du moins de cette Blanche là parce que la serveuse de la taverne de Sombrios elle... Il fallait que j'en sache plus, que je comprenne enfin ce qu'il se passait devant moi, quelle était donc là cette farce que l'on me jouait.

"Et bien demain soir nous dormirons au château."

Rester succinct et observer les réactions.
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MessageSujet: Re: Délicate fleur Blanche   22/6/2016, 12:39 am

J'avais peine à croire ce que je venais d'entendre. Dormir au château ? Si nos alliés avaient conquis une forteresse, nous n'irions pas y dormir.
Je crus à une farce. Ç'aurait été de bon goût. Mais je connaissais trop le personnage : ce religieux, comme beaucoup d'entre eux, n'avait pas le moindre humour.

Un mélange de sentiments confus me faisait tourner la tête. Moi qui attendait un récit pour nous occuper, voilà ce qu'il m'envoyait en plein museau. J'étais fier, sans doute un peu. Reconnaissant, peut-être, oui. Admiratif, à n'en pas douter. Et jaloux. Terriblement jaloux. Ce petit morveux, qui, quelques années auparavant, ne savait que se battre à coup de bouquins ? Ce petit morveux était débout, devant moi, vêtu comme un roi à côté de mes haillons qui traînaient par terre.
Et cet effronté m'avait fait languir, jouant à je ne sais quelle imbécillité avec cette Blanche qu'il ne connaissait ni d'Êve ni d'Adam, avant de me balancer son exploit, comme s'il s'agissait de la dernière banalité !

Il fallait me donner une contenance. Immédiatement. Je me levai, contournai Blanche, puis ramassai et enfilai ma chemise en me dirigeant vers l'étagère. Passant juste devant Cesare, je me savais incapable de soutenir son regard. Me focaliser sur l'étagère. Je saisis une tasse, partis la remplir à la marmite, revint sur mes pas, la lui tendis, levai ma tête vers lui.
Voilà, j'avais au moins quelque chose à lui donner avant de croiser à nouveau son regard. Ça ne valait pas une bonne injure mais c'était ce que j'avais trouvé de mieux.

Nous sommes au thé. Viens t'installer avec nous.

Je me retournai pour aller me rasseoir, puis fis volte face, bégayant.

Tu es un idiot ! Tu aurais du... Bon sang ! Nous aurions pu accueillir Blanche là bas plutôt que dans ce taudis et... Crotte !

Je retournai m’asseoir. J'étais vert de honte. Ce gamin m'avait tant déstabilisé que j'avais du passer pour le plus timoré des pourceaux, et ce devant une fillette. J'étais ridicule.
Ce saligaud avait gagné la partie, et sans accroc.
Je levai la tête vers lui, sa silhouette trop sérieuse me surplombant de toute sa hauteur, dans l'atmosphère moite et calfeutrée du tonneau.

Cesare... Bravo.

J'avais envie de me changer en chat, de me blottir contre les jambes de la jeune pucelle, de laisser les petites cendres virevoltantes de la cheminée se poser sur mon pelage et de les sentir me brûler délicatement les poils. Mais je ne pouvais pas. À peine Blanche venait-elle se s'habituer à notre sordide compagnie et je ne pouvais pas maintenant lui jouer un tel coup ; elle serait capable de se jeter dans le lac et de s'y noyer.
Je la regardai d'un air singulier. Je ne comprenais toujours pas comment elle avait pu arriver jusqu'ici, mais sa présence me rassurait.
Finalement, et en dépit du fait que j'aurais du sauter de joie en apprenant que notre étendard flottait au faîte du donjon d'un château d'Alidhan, j'étais incapable d'assumer toute la force dont faisait preuve le cardinal. Et Blanche, aussi frêle soit-elle, flottait comme un rideau entre nous, un mur qui cachait partiellement ma honte, un pilier qui soutenait mon orgueil outré.
Peut-être qu'elle était juste là au bon moment. Peut-être que n'importe qui d'autre aurait fait l'affaire. Mais elle était là. Je l'avais soudain adopté et pour rien au monde je n'aurais voulu qu'elle parte.

Demain, nous dormirons là-bas. J'espère, Blanche, que vous vous y trouverez bien.
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MessageSujet: Re: Délicate fleur Blanche   22/6/2016, 8:00 am

Soigneusement, je range ces nouvelles informations dans ma mémoire. Il ne faut en oublier aucune, c’est la règle de base. C’est en connaissant bien les gens, qu’on devient une bonne soigneuse. C’est toujours ce qu’on m’a dit.

Premièrement, l’exhibitionniste s’appelle Cesare.

Deuxièmement, ils ont un château. Un château ! Je n’ai jamais dormi dans un château ! Mais est-ce que j’ai vraiment le droit d’y dormir ? Après tout, je ne les connais pas. Même, je ne connais qu’un nom sur les deux. Il faudrait que j’y réfléchisse un peu plus. Je pourrais toujours m’esquiver en chemin, prétextant un rendez-vous important. Ou alors… Je pourrais au moins y entrer, juste pour voir de quoi ça a l’air, et partir après. Oh oui, je ferai ça !

Troisièmement, et contre toute attente, l’endroit où ils me reçoivent a l’air d’avoir une quelconque importance. Cette information est la plus curieuse. Ils n’ont pourtant pas fait preuve de beaucoup de galanterie, jusqu’à maintenant. Pour récapituler brièvement, le premier a voulu me tuer et le deuxième s’est déshabillé, pour je ne sais quelle raison et m’a jeté ses vêtements à la figure. Sans compter que j’ai dû m’asseoir par terre, sur un sol qui n’a, sans aucun doute, pas vu un balais depuis ma naissance.

Et dernièrement, mon hôte (dont je ne connais toujours pas le nom) a changé de couleur. Il a l’air de bouillir intérieurement. Peut-être le thé était-il trop chaud ? Je le regarde en clignant des yeux, face au même dilemme que tout à l’heure. A-il besoin d’aide ? Quoi qu’il en soit, il n’a pas l’air bien du tout. Et c’est mon rôle d’aider les gens qui ne vont pas bien, non ? D’un autre côté, je dois aider mes alliés. Sommes-nous alliés ? Je ne sais pas trop. Il m’a offert du thé et des pansements. Mais il a quand même essayé de me tuer. Est-ce que les deux actions s’annulent ? Ah, c’est bien trop compliqué. Ça doit faire déjà un moment que je suis en train de le fixer car il me rend mon regard avec insistance. Il faut que je dise quelque chose. Sans savoir quoi, j’ouvre la bouche.

Comment avez-vous dit que vous vous appeliez ?

Rougissant, je me plonge dans la contemplation de ma tasse de thé. Des petites feuilles flottent à la surface de l’eau. Il va me prendre pour une petite idiote, incapable de me souvenir ne serait-ce que d’un nom. Je m’arrache à la contemplation de mon breuvage pour essayer d’arranger un peu les choses.

Je veux dire… Est-ce que vous allez bien ?

Là, voilà, c’est beaucoup mieux. Avec un peu de chance, il répondra à mes deux questions et je ne serai plus obligée de l’appeler « l’homme qui a essayé de me tuer ». Je me félicite intérieurement. Mais, mais… le doute refait surface. Je pensais qu’il allait me tuer, mais plus tard. Est-ce toujours son intention ? Je regarde le thé fixement. Peut-être est-ce un poison ? Est-ce que j’en ai bu ? Je ne pense pas, j’ai la bouche sèche comme un morceau de parchemin. Mais lui, il en a bu ! Il ne s’empoisonnerait quand même pas dans le seul but de me tuer ? Ce serait ridicule. Du coin de l’œil, je décide quand même d’observer Cesare. Si lui aussi change de couleur, c’est que le thé est empoisonné.

Mourant de soif, je décide d’attendre, par mesure de sécurité.
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MessageSujet: Re: Délicate fleur Blanche   22/6/2016, 8:36 pm

Du thé ? Il voulait m'offrir du thé pour une victoire ? Et pour me reprocher ensuite que nous vivions dans un taudis. Je jubilais intérieurement. Non seulement il n'était pas au courant mais en plus il venait de se rendre compte à quel point son attitude envers ma personne depuis le début de... cette conversation ? - je ne savais même pas si l'on pouvait considérer cela comme tel - était totalement ridicule. J'avais toujours détesté qu'on me marche sur les pieds... et même que l'on croit que cela était possible. En la jouant finement ce soir là, je venais de lui rappeler que je n'étais pas n'importe qui et qu'il s'agissait d'un honneur pour lui de me côtoyer. Qui n'aurait pas souhaité avoir la compagnie d'un éminent ecclésiastique comme je l'avais été ?
Mais cela n'était pas tout. Il faudrait marquer son esprit une bonne fois pour toute, histoire qu'il ne daigne plus me déconsidérer devant une tierce personne. Un sourire de satisfaction se dessinait sur mon visage. Demain. Oui, demain Mio aurait le droit à un traitement particulier lors de la visite du château. Courtois bien évidemment, comme tout bon hôte qui se respecte envers... un invité.

Les lèvres toujours aussi joyeuses, oubliant totalement la présence de Blanche et ignorant volontairement le druide, je me dirigeais vers le tas de paille sèche qui me servait de couche. Le chemin et le peu de nage que j'avais du effectuer m'avaient épuisé et je ne m'étais que peu reposé depuis la bataille.

J'en étais certain, cette nuit serait pleine de beaux rêves.
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MessageSujet: Re: Délicate fleur Blanche   23/6/2016, 8:43 pm

L'homme d'église partit se coucher sans même daigner regarder le thé que je lui avais proposé. S'il avait pris la tasse, ce n'était que pour mieux la poser et ignorer royalement ma compagnie et celle de Blanche.
Ah, la jeunesse... Il me rappelait mes débuts à l'Æternum Vale. J'étais comme lui à l'époque : jeune, fier, et ignorant. Je ne savais pas non plus quand est-ce que je devais me soustraire ou bien profiter pleinement de ma victoire.
L’expérience nous l'apprend. La victoire n'est qu'une étape, c'est de l'avant et de l'après dont il faut profiter. Le jeune homme avait vu son succès, sans le moindre doute. Mais soit il croyait que c'était l'accomplissement, soit il pensait pouvoir délayer cet après.
Dans les deux cas, il faisait erreur. Une opportunité se saisit sans attendre. Enfin, c'est ainsi qu'on grandit.

À l'extrême inverse de Cesare. Blanche semblait fascinée par son thé, sans pour autant oser y goûter. Il devait être froid à présent, de toute manière.

Je me relevai et regardai la jeune femme. En bon voleur, il était temps de prendre ma revanche, et de dérober au jeune ecclésiastique sa victoire.
Je déclarai en écartant les bras et en scrutant la pièce, d'un air grandiloquent.

Mio. Je m'appelle Mio. Je suis un homme-félin, maître du clan qui réside dans ce tonneau, et donc maître de ce modeste lieu.

En l'observant, l'idée de refaire de cet endroit une demeure plus fréquentable me chatouilla l'esprit. Mais passons.
Je regardai le jeune femme avec insistance.

Blanche... Nous avons parlé d'un château pour la nuit prochaine.
Finalement, j'aimerais vous y emmener dès maintenant. Le voyage sera court et sans embûche, pour peu que vous preniez la peine de grimper sur mon dos.


À ces mots, mes poils traversèrent ma peau tandis que mes muscles se déchirèrent pour étirer ma silhouette en celle d'une grosse panthère noire. Je m'accroupis au seuil de la bicoque, afin de laisser la jeune femme me monter aisément, ma gueule baillant et ma queue fouettant d'impatience le plancher du tonneau.
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Blanche Halmak
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MessageSujet: Re: Délicate fleur Blanche   24/6/2016, 8:22 am

Finalement, peut-être que j’en ai bu, de ce thé. Et peut-être aussi qu’il est empoisonné. A peine Mio m’a-t-il dit son nom qu’il disparait. Est-une hallucination ? Je secoue la tête pour me remettre les idées en place. Je n’ai jamais vu un phénomène pareil. A quelques pas de moi, il y a encore un instant, se tenait un homme. En l’espace d’un battement de cil, il a laissé place à un chat d’une taille monstrueuse. Les poils ont transpercé sa peau, comme autant de petites lames affutées, ses doigts se sont allongées en griffes meurtrières, son corps s’est déformé, s’allongeant ou se rétrécissant selon les endroits, dans un mouvement grotesque. Comment tout ceci peut-être réel ? J’aimerais me frotter les yeux, appuyer sur mes paupières jusqu’à ce que des tâches sombres apparaissent et que ma tête commence à tourner pour m’assurer que ce que je vois existe réellement. Mais je n’ose pas bouger. Je suis paralysée. Est-ce que j’ai peur ? Non. Un peu.

On dit souvent « il faut le voir pour le croire » mais le voir ne suffit pas. Pas cette fois. Je crois avoir déjà entendu parler de ce genre de transformations. Dans des histoires qui font peur et qu’on raconte aux enfants pour les mettre en garde. Ce sont de lointains souvenirs. Si vieux que plus j’essaie de les attraper, plus ils s’éloignent. Comme un vieux morceau de parchemin qui s’effrite au moindre contact. Insaisissables.

Il n’y a plus un bruit. La forêt alentour semble guetter ma réaction. Le sang pulse à mes oreilles, assourdissant. Lentement, avec une extrême prudence, je me redresse pour m’approcher de l’étrange créature qui me fait face. J’ai irrésistiblement envie de plonger ma main dans le pelage épais. Mio a dit être un homme-félin. Ni tout à fait l’un, ni totalement l’autre. Quelle part de lui prend le plus de place ? Dois-je plutôt réagir comme s’il était un homme ? Ou comme s’il était un félin ? Je continue à l’observer, sans décider encore quoi faire. Je m’arrête sur ces yeux. Tout à l’heure, il me semblait y voir quelque chose d’inhumain. Je comprends maintenant pourquoi. C’est la chose qui a le moins changé. Je m’y accroche. C’est rassurant de reconnaître quelque chose quand on est face à l’inconnu.

Avec toute la lenteur dont je suis capable, je tends la main. Je frôle, d’une caresse légère comme une plume,  ce qui correspondrait à son épaule s’il était un homme. Comme il ne semble pas réagir, je pose ma main, doucement.

Il a dit quelque chose à propos du château. Qu’il m’y emmènerait dès ce soir. L’image de l’homme, assis devant moi est encore trop présente. Je me sens rougir. Monter sur son dos. C’est une idée totalement folle. Si folle qu’elle semble parfaite pour moi. Je me souviens de la vitesse avec laquelle les chats pouvaient courir. Ce doit être enivrant.


C’est d’accord. Allons-y.

Sans réaliser ce que je suis en train de faire, je me relève et m’approche un peu plus. Mes mains tremblent furieusement. Qu’est-ce que je fais ? C’est totalement insensé. Ma volonté vacille. Le mieux, quand on doute, s’est d’y aller d’un coup, sans réfléchir. Je bloque mes pensées en même temps que ma respiration et j’y vais.
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Mio
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MessageSujet: Re: Délicate fleur Blanche   26/6/2016, 2:46 pm

Mon épaule se love sous la main de Blanche. Heureusement qu'elle n'en fait pas plus : je risquerais de perdre de ma crédibilité en me mettant à ronronner.

En fait, sortir du tonneau et enjamber le lac avec une cargaison, même pas bien lourde, n'était pas simple. Je m'agrippe pour me hisser sur le toit, m'y reprenant à plusieurs fois, et je bondis afin d'atteindre une branche surplombant le lac.
Plusieurs fois, je crus que Blanche tomberait. Mais je sentais encore la pression de ses cuisses sur mes flancs lorsque j’atterris sur la berge.

Je pris de l'élan et me mis en route.


Alors que nous dépassions l'orée de la Forêt des Bras Cassés, je reconnus notre étendard, flottant au vent, éclairé par une demi-lune. Cela faisait quelque temps que je n'étais pas venu par ici, mais je pus situer le donjon comme étant celui de la forêt de Brosems.
Lorsque nous arrivâmes devant les portes et que je repris forme humaine, ces dernières s'ouvrirent immédiatement. Je n'aurais pas pensé l'entreprise aussi aisée, n'y ayant jamais mis les pieds, mais les gardes devaient connaître l'homme-félin portant une pioche de Gonk comme le maître du Tonneau des Rémanences. J'en fus heureux car la course m'avait épuisé. Par ailleurs, le temps se réchauffait déjà un peu, annonçant que nous avions dépassé le milieu de la nuit.

Le fort n'était pas le lieu le plus beau qu'on put imaginer. La terre meule des jardins respirait encore le sang qu'on y avait récemment versé, et les murs portaient les cicatrices des fréquents assauts dont ils étaient victime. Le goût de l'acier et de la terre brûlée, le goût de la guerre était celui de cet endroit.
Mais il fallait reconnaître que le lieu était imposant, tel un dragon trônant au sommet de grandes marches de pierre usées, les écrasant de sa lourde masse, et obligeant le voyageur à lever les yeux pour percevoir sa tête. Puisque le tonneau semblait reprendre vie, il faudrait en faire un lieu à l'image de celui-ci. Un lieu devant lequel on se sent petit.

Je me tournai vers ma cavalière et tendis un bras en direction des portes.

Après vous, dame Blanche.

Même un misanthrope tel que moi ne pouvait se soustraire à adapter son vocabulaire dans ce lieu.
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